• Même le "nouveau centre" s'insurge !

    «Il y a un vrai recul sur l’accueil des étrangers malades dans la loi sur l’immigration»

    L’Assemblée nationale a adopté hier, en deuxième lecture, le projet de loi sur l’immigration, sans grande modification par rapport au texte d’origine à l’exception notable de l’amendement sur la déchéance de la nationalité, retiré sous la pression des centristes. Jean Dionis du Séjour, député Nouveau Centre, donne son avis sur cette loi.

    Que pensez-vous du projet de loi sur l’immigration ?

    C’est un texte de circonstance et de réaction à des événements de cet été : le saccage de la mairie de Saint-Aignan dans le Loir-et-Cher [par des gens du voyage, ndlr] et les émeutes urbaines de Grenoble. Je ne suis pas plus choqué que cela que l’Etat réaffirme sa fermeté. Ce qui m’a dérangé, dès cet été, c’est la liaison qu’a établie Nicolas Sarkozy dans son discours de Grenoble entre sécurité et immigration, lorsqu’il a réclamé la déchéance de la nationalité pour les Français naturalisés depuis moins de dix ans qui commettraient un crime ou un délit contre un représentant de l’ordre public.

    En menaçant de ne pas voter l’amendement sur la déchéance de la nationalité, les centristes ont contraint le gouvernement à reculer…

    C’est très bien politiquement, cela veut dire que quand les centristes se fédèrent, ils peuvent peser. Cela veut dire aussi que, sur le fond, on a réussi à faire entendre au gouvernement que cette disposition était une impasse. L’Etat a le droit de sanctionner fortement un crime ou un délit, il est même en devoir de le faire. En revanche, dire qu’il y a deux justices suivant les origines, c’est très grave.

    Y a-t-il des articles de cette loi qui vous posent problème ?

    J’avais deux problèmes, la déchéance de la nationalité et l’accueil des étrangers malades. Pour moi, la France a un devoir absolu d’hospitalité vis-à-vis des étrangers en danger, qu’ils soient légaux ou illégaux. C’est son honneur de les soigner. Jusque-là, la loi n’était pas laxiste, elle disait : «On les accepte s’ils n’ont pas accès aux soins dans leur pays.» Maintenant, on dit «s’il n’existe pas d’offre de soins dans leur pays». J’ai vécu en Afrique, je sais qu’au CHU d’Abidjan, l’offre de soins est à peu près équivalente à celle de Toulouse ou Bordeaux, sauf que l’accès en est réservé à une infime minorité de la population ivoirienne. Il y a donc là un vrai recul.

    Paru dans Libé du 16 03 2011


    Tags Tags : , , , ,